L’intérêt du diagnostic précoce

Maladies de la mémoire : quels sont les intérêts d’effectuer un diagnostic précoce ?

1°/ POUR LE PATIENT

  • anticiper soi-même et librement son avenir (dimension éthique)

Le diagnostic précoce permet au patient de mettre un nom sur ses troubles et de lui donner la possibilité, essentielle, de faire lui-même les choix de vie qui le concernent pour les années à venir, à un moment où il est encore capable de prendre librement de telles décisions.

  • retarder l’entrée dans la dépendance en activant les fonctions cérébrales préservées

Dans la maladie d’Alzheimer, jusqu’à un certain point, les neurones restants sont capables de compenser le travail qui n’est plus assuré par les neurones malades. Cette « réserve synaptique » doit être exploitée le plus tôt possible. Divers moyens de stimulation cognitive peuvent être proposés et sont efficaces sur les patients diagnostiqués au stade léger pour retarder l’évolution et l’entrée dans la dépendance.

  • prévenir les conséquences fâcheuses et contrôler les risques

Des erreurs de gestion peuvent entraîner la ruine matérielle de patients ou de leur famille. Les troubles comportementaux peuvent aussi faire courir des risques à la population ou au patient lui-même, notamment dans la manipulation de cuisinières à gaz ou à l’occasion de la conduite automobile. Le diagnostic permet d’anticiper ces risques.

  • éviter les hospitalisations injustifiées.

Les hospitalisations aggravent l’état de santé d’un malade Alzheimer. Un diagnostic posé permet au médecin traitant et à l’entourage de tout faire pour les éviter. Il faut privilégier les soins à domicile. Si une hospitalisation est inévitable (ex : fracture du fémur) il est fondamental que l’équipe soignante soit informée du diagnostic de maladie d’Alzheimer afin d’adapter la prise en charge, au risque sinon, de grabatiser le patient.

  • mettre en place un accompagnement paramédical et médico-social pour une meilleure qualité de vie (orthophonie, kiné, ergothérapie, etc.). D’une manière générale, les prises en charge psychologique, sociale et juridique sont plus faciles à mettre en œuvre si elles sont mises en place progressivement plutôt que dans l’urgence, alors que la maladie est déjà bien installée.

 

2°/ POUR L’ENTOURAGE

  • former et informer les aidants sur la maladie de leur conjoint afin de :

mettre un nom sur les troubles, ré-apprendre à communiquer avec le malade, savoir gérer ses troubles du comportement, rester dans la bientraitance, partager avec d’autres aidants…

  • informer les aidants sur les aides existantes : humaines, financières, sociales, matérielles, juridiques
  • préserver la santé des aidants qui constituent une population fragile.

Il faut protéger les aidants. Le diagnostic du conjoint permet de les identifier et donc de les accompagner pour leur éviter l’épuisement ( « burn-out »,) le développement ou l’aggravation de troubles anxio-dépressifs, l’isolement social, l’expression somatique de leurs pathologies (ex : décompensation cardiaque…) de certains maladies. Cette population est exposée à l’épuisement, à la maladie et à la mort prématurée. Le diagnostic précoce permet de prévenir leur épuisement.

 

3°/POUR LA SOCIETE

  • L’ensemble de ces éléments met en évidence que le diagnostic précoce, suivi d’une prise en charge précoce du patient et de l’entourage, s’accompagne d’une réduction des coûts directs ou indirects liés à la maladie.
  • Ajoutons que pour aider la recherche fondamentale à trouver un traitement anti-Alzheimer, il faut disposer de cohortes de patients diagnostiqués à un stade léger (voire très léger) pour expérimenter ces traitements à l’essai. Les médicaments aujourd’hui sur le marché peuvent avoir des effets bénéfiques sur certains patients et retarder l’évolution des symptômes, lorsqu’ils sont prescrits au stade léger à modéré, mais ne sont pas curatifs.

 

CONCLUSION
Un diagnostic tardif = une perte de chances pour le malade et pour l’entourage.